
Cédéric
Trojani :La Poésie pour explorer l'âme
humaine SITE : Bonjour
Cédéric, tout d'abord, peux-tu te
présenter pour ceux qui te découvrent
aujourd'hui ? Cédéric
Trojani : J'ai 31 ans, je suis illustrateur
indépendant depuis peu et graphiste depuis 5 ans...
Difficile de répondre à cette
question
SITE : On a parfois
le sentiment que nombre de poètes écrivent
dans un état de tristesse, est-ce ton cas
? Cédéric
Trojani : Disons que le déclencheur est sans
doute un mal-être, au tout départ, plutôt
que "seulement" la tristesse. Par contre, par la suite il
n'y a pas que cela qui déclenche
l'écriture SITE : quoi d'autre
? Cédéric
Trojani : En fait, l'écriture devient une sorte
de façon d'explorer l'âme humaine (grand
mot!!) SITE : Sont-ce des
sentiments plus forts que ceux du quotidien ? Cédéric
Trojani : Non, il s'agit plutôt d'exacerber les
sentiments du quotidien. Une forme
d'introspection SITE : Est-ce
également un besoin pour toi ou simplement une
activité cumulative par rapport à tes autres
activités artistiques ? Cédéric
Trojani : Deux choses : SITE : Dans ton
écriture, on ressent une certaine distance
vis-à-vis de la mélancolie et de la tristesse
et même parfois un certain espoir. Qu'en pense-tu
? Cédéric
Trojani : Toute la question est : Est ce que je suis
distant naturellement parce que plus optimiste qu'au premier
abord ou est-ce que je me force à un certain
optimisme face à la violence ou la tristesse de mes
pensées et mes dérives littéraires ? Je
ne suis pas du tout morose dans la vie, cependant, je
pourrais à la rigueur me comparer aux romantiques par
une inclinaison à la noirceur au milieu même de
la joie... SITE : Ecris-tu,
comme tu le dis, en fouillant les abîmes de
l'âme humaine ou bien est-ce un jeu entre ton
ressenti, tes émotions et les mots ? Cédéric
Trojani : Non, justement, l'écriture n'est pas un
"jeu", une sorte de prouesse d'écriture.
J'écris parce que j'ai des mots à coucher sur
le papier dictés par des sentiments et des
pensées ancrés au plus profond de moi. Je
pourrais ne pas écrire, mais je garderais tout
çà en moi alors ça serait sans doute
très néfaste pour moi SITE : Pourrais tu
expliquer pourquoi tu as écrit "Inexactitude"
? Cédéric
Trojani :Il s'agissait de pensées liées
à une personne que j'ai côtoyé et qui a
commis des fautes graves vis à vis de la
société (au vrai sens de
société). Cette personne était une
sorte de double pour moi, à plusieurs égards
et je me suis beaucoup interrogé sur notre
relation Cédéric
Trojani : je pensais qu'elle avait tord sur ces actes et
idées (actes TRES graves). SITE : Tu lui as
transmis ce poème ? Cédéric
Trojani : oui, il s'agissait sans doute d'une erreur car
cette personne a, d'après moi, été
totalement incapable de plonger dans ce genre de chose
après ses actes, à moins qu'il ne ce soit agit
d'un refus de sa part SITE : Autant on
parle de mémoire sélective qu'il pouvait
s'agir de compréhension sélective non
? Cédéric
Trojani : Oui, d'une peur de ça, mais sur le
fond, il s'agit de ça, oui, une sélection
consciente ou non. SITE : Dans Une
Histoire d'une heure sombre, tu parles d'un homme qui
raconte sa vie et qui finalement s'en va mourir peu de temps
après, sagit-il encore de quelque chose que tu as
vécu ? Cédéric
Trojani : Oui et non (terrible réponse...) : En
fait, je retranscris peu souvent de manière directe
ce que je vis, ou alors de manière très
distanciée... ou de manière inconsciente.
Là , il s'agissait plus d'une réflexion sur
mon père. Il est mort noyé quasiment devant
moi alors que j'avais cinq ans. Des années
après, je pensais non au moment même, aux
faits, mais à leurs implication et plus globalement
à la disparition. SITE : Dans
Histoire d'une heure sombre, j'ai vraiment trouvé
magnifique les derniers vers "Son malheur que personne ne
l'oublie fut aussi long que votre espoir" pense-tu que nous
sommes prédestinés au bonheur ou au malheur
? Cédéric
Trojani : Non, je pense que nous sommes peut-être
prédestinés à se voiler la face,
à refuser de voir les sentiments les plus forts,
à avoir peur de la tristesse, de la jouissance
aussi... la force ne réside ni seulement dans le
bonheur, ni seulement dans le malheur. SITE : En lisant
Une fenêtre sombre, je n'ai pu m'empêcher de
penser aux attentats aux États-Unis. L'as tu
écris avant, après, par rapport à un
conflit ou à la religion ? Cédéric
Trojani : Non, "malheureusement" je ne suis pas dans ce
genre de pensées uniquement depuis les derniers
attentats. J'ai d'ailleurs beaucoup de textes écrits
dans ce genre de choses, des textes que j'ai du mal à
faire lire aujourd'hui car ils semblent trop coller à
l'actualité et je me "défends" d'écrire
de manière aussi directe sur l'actualité car
je préfère traiter de choses plus
ancrées chez l'être humain
Donc ces
textes traitent des religions (Dieu, quel qu'il soit,
l'argent, le sexe, et le tout
mélangé) SITE : Quelque
chose que j'aimerais mettre en avant, c'est qu'entre des
textes aussi sombres, réalistes et poignants, tu sais
conserver une fraîcheur à laquelle la
poésie ne nous a pas habitué. Je pense aux
deux poèmes, Le Sort et Enchaînement, qui sont
présentés comme des jeux.) Cédéric
Trojani : je suis d'accord avec le terme de jeu. Je
n'écris pas en m'obligeant à être sombre
et je n'en tire pas de joie particulière. Les textes
peuvent être aussi courts et totalement
dénués du côté morose, triste,
violent.. pour être plutôt des petites
réfections, des miroirs d'une pensée, d'un
sentiment, plus léger ou moins profond.
L'écriture fouille dans mon esprit et je ne suis pas
plus une machine qu'aucun être humain, je ne suis donc
pas fait tout de sombre ou tout de clair. De plus, je suis
un vrai amoureux de la langue et je suis prêt et
revendiquer le droit de pouvoir écrire des textes qui
n'ont pas d'autres justification de leur existence que la
joie des les avoir écrits et éventuellement de
les lire SITE : De nombreux
internautes vont désormais pouvoir les lire chaque
jour, est-ce que tu voudrais dire quelque chose de
particulier à l'internaute qui se trouvera devant ta
page et qui demande à comprendre ce que tu fais
? Cédéric
Trojani : je ne poursuis pas de véritable but en
terme d'écriture. J'essaie d'être le plus
sincère possible dans ce que je fais à ce
niveau, surtout en ce qui concerne les poèmes.
J'écris aussi des nouvelles et suis au début
de ce qui deviendra, je l'espère, un roman (un peu
plus qu'au début) et là il s'agit d'une
démarche un peu différente, plus volontaire.
Cependant, je pense que quelqu'un ayant lu mes poèmes
retrouvera des points communs dans les autres formes
littéraires que j'emprunte. J'espère ne pas
donner la sensation de me "donner un style". SITE : Pas besoin
de t'en donner, car tu l'as !
1 - Par
rapport à mon activité professionnelle de
graphiste cela n'a rien à voir,
2 - je fais de la sculpture et de la peinture/dessin plus
purement artistiques que le graphisme et la cela se
rejoint même si l'écriture est la forme
d'expression dont je ne pourrais pas me passer. Elle fait
partie de moi intensément et est la seule à
être aussi proche de moi.
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