
Mai
2003
Meurtres au Comté de Greys
III
La prescription était-elle une anomalie ou une
protection ?
Qu'est ce qui comptait le plus alors ? Le respect de la loi,
des textes ou le respect de ce pourquoi elle a
été créée ?
Stephenson ouvrit la porte. La silhouette massive du
Marshall Rogers occupait l'espace.
- Bonsoir Stephenson, vous vous souvenez de moi ?
- Oui Walter, quel bon vent vous amène ? Entrez, je
vous prie.
- Merci Stephenson.
Le Marshall Rogers approchait les 70 ans. Mais il
était resté en fonction dans le Comté
de Greys.
- Comment allez-vous Walter ?
- Bien, bien.
Rogers ne disait rien. Il avait l'air un peu gauche.
- Qu'est ce qui vous amène Walter ?
- Bien voilà. Je ne suis pas dans ma juridiction mais
j'ai obtenu une dérogation. Je vous arrête pour
le meurtre de Ricky Cooper.
Stephenson resta interdit. Pourtant il avait tout fait avec
beaucoup de précisions, tout préparé
très minutieusement, avec toute l'expérience
qu'il avait acquise depuis tant d'années. Il avait
pris mille et une précautions pour se
débarrasser de Ricky Cooper. Après
s'être torturé l'esprit durant de nombreuses
heures, il avait conclu que Ricky ne pouvait pas rester
impuni et que çe serait trop injuste car la loi ne
permettait plus qu'il subisse les conséquences de ses
actes. Et puis cette histoire de prescription était
une anomalie : celui qui ne s'était pas fait prendre
ne pouvait plus être condamné après un
certain nombre d'années ! Le crime était tout
aussi atroce, même 20 ans après. Il avait donc
agi. Et en une semaine il avait été
démasqué. Mais comment
?
Rogers sortit une lettre de sa poche. Il la déplia et
la tendit.
- Stephenson, Ricky a expliqué toute l'histoire dans
ce papier. Ce courrier m'est parvenu par
l'intermédiaire de son notaire qui devait me le
remettre en cas d'accident ou de mort.
Le petit salaud de Ricky Cooper ! Il avait même
compris ce qu'il risquait en disant tout à Stephenson
!
- Pourtant Stephenson, tout le monde savait qu'il
était dépressif, qu'il l'avait toujours
été depuis cette histoire du meurtre de Betty.
Il était au bout du rouleau et il avait
déjà fait plusieurs tentatives de suicide.
Vous auriez du laisser faire, il se serait supprimé
tout seul, un jour ou l'autre.
Stephenson se dit que c'était une donnée qu'il
aurait évidemment dû vérifier.
- Enfin, évidemment, tant mieux pour ses gosses.
- Comment ça Walter ?
- Et bien s'il s'était suicidé, ses gosses,
ses fils jumeaux, ils n'auraient jamais pu toucher la prime
de l'assurance vie. Alors que là, s'agissant d'un
meurtre, ils vont recevoir un sacré paquet !
Stephenson venait finalement de comprendre les raisons
exactes de la confession de Ricky Cooper. Ce qu'il avait
pris pour une simple conversation au cours d'une rencontre
guidée par le hasard avait été en fait
une manipulation. Tout comme l'ensemble de ses agissements
depuis le début de cette affaire.
Cédric Gatineau
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