Cédric Gatineau
Meurtres au Comté de Greys

III


La sonnerie de la porte d'entrée retentit. Stephenson sorti de ses méditations. Il s'était remémoré cette affaire avec précision. Quand il était rentré chez lui la semaine précédente, après avoir rencontré Ricky, il avait marché une bonne heure pour remettre ses idées en place et prendre les décisions qui s'imposaient. Hélas, juridiquement il n'y avait absolument rien à faire. Les meurtres allaient rester impunis. Pourtant, deux crimes ne pouvaient pas rester sans une condamnation de leur auteur sinon le fondement de la société basée sur la justice risquait d'être ébranlé. Malgré tout, la loi prévoyait elle-même qu'au bout d'un certain temps on ne pouvait plus poursuivre les criminels, sauf dans des cas très précis et très rares.
La prescription était-elle une anomalie ou une protection ?
Qu'est ce qui comptait le plus alors ? Le respect de la loi, des textes ou le respect de ce pourquoi elle a été créée ?

Stephenson ouvrit la porte. La silhouette massive du Marshall Rogers occupait l'espace.
- Bonsoir Stephenson, vous vous souvenez de moi ?
- Oui Walter, quel bon vent vous amène ? Entrez, je vous prie.
- Merci Stephenson.

Le Marshall Rogers approchait les 70 ans. Mais il était resté en fonction dans le Comté de Greys.
- Comment allez-vous Walter ?
- Bien, bien.
Rogers ne disait rien. Il avait l'air un peu gauche.
- Qu'est ce qui vous amène Walter ?
- Bien voilà. Je ne suis pas dans ma juridiction mais j'ai obtenu une dérogation. Je vous arrête pour le meurtre de Ricky Cooper.

Stephenson resta interdit. Pourtant il avait tout fait avec beaucoup de précisions, tout préparé très minutieusement, avec toute l'expérience qu'il avait acquise depuis tant d'années. Il avait pris mille et une précautions pour se débarrasser de Ricky Cooper. Après s'être torturé l'esprit durant de nombreuses heures, il avait conclu que Ricky ne pouvait pas rester impuni et que çe serait trop injuste car la loi ne permettait plus qu'il subisse les conséquences de ses actes. Et puis cette histoire de prescription était une anomalie : celui qui ne s'était pas fait prendre ne pouvait plus être condamné après un certain nombre d'années ! Le crime était tout aussi atroce, même 20 ans après. Il avait donc agi. Et en une semaine il avait été démasqué. Mais comment … ?

Rogers sortit une lettre de sa poche. Il la déplia et la tendit.
- Stephenson, Ricky a expliqué toute l'histoire dans ce papier. Ce courrier m'est parvenu par l'intermédiaire de son notaire qui devait me le remettre en cas d'accident ou de mort.
Le petit salaud de Ricky Cooper ! Il avait même compris ce qu'il risquait en disant tout à Stephenson !
- Pourtant Stephenson, tout le monde savait qu'il était dépressif, qu'il l'avait toujours été depuis cette histoire du meurtre de Betty. Il était au bout du rouleau et il avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Vous auriez du laisser faire, il se serait supprimé tout seul, un jour ou l'autre.
Stephenson se dit que c'était une donnée qu'il aurait évidemment dû vérifier.
- Enfin, évidemment, tant mieux pour ses gosses.
- Comment ça Walter ?
- Et bien s'il s'était suicidé, ses gosses, ses fils jumeaux, ils n'auraient jamais pu toucher la prime de l'assurance vie. Alors que là, s'agissant d'un meurtre, ils vont recevoir un sacré paquet !

Stephenson venait finalement de comprendre les raisons exactes de la confession de Ricky Cooper. Ce qu'il avait pris pour une simple conversation au cours d'une rencontre guidée par le hasard avait été en fait une manipulation. Tout comme l'ensemble de ses agissements depuis le début de cette affaire.

Mai 2003
Cédric Gatineau

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