Jean-Michel Ducrot-Sylla

« Le déterminisme d'une vie »

 

Le mensonge dans les yeux, l'aveu à peine perceptible, noyé dans la vérité d'un songe, c'est ce qui reste après l'oubli de l'autre, l'être auquel vous vous obstinez de croire…
En réalité, toutes ces histoires avortées, ces rencontres trop assouvies pour perdurer, ne sont-elles que le reflet d'une existence aux maillons mal assemblés ? …Je ne le crois pas…
J'ai le souvenir clair de ce qui ne m'appartient, de tout ce que j'aurais espéré être mien, de ces personnes auxquelles j'ai cru obstinément, désespérément sans doute… D'autres s'y laisseront prendre, comme il est de coutume, sans pour autant être novices… dans un avenir proche ou non, aussi incertain que ne l'est ce futur qui m'est destiné…

Le déterminisme dont on se sent parfois la proie, souvent le jouet, peut-il être sans cesse défié de la manière qu'on croit la meilleure, avec la crédulité dont on fait preuve chaque jour, avec ce regard flou que l'on déguise en certitude… ?
La course au bonheur, dans laquelle chacun de nous s'infiltre avec la conviction que tout lui est dû sans concession aucune, amenuise, plonge dans cette inertie ruineuse, mutile en vérité nos pensées, nos envies de passions… Mais il est de nature humaine de poursuivre, tête baissée, bille en tête, enraciné à ce reste de certitudes, ces cendres que le doute n'a pas épargnés..
Je suppose que l'on désire ignorer les schémas dont on connaît les dédales… ceux empruntés des centaines de fois, évités au meilleur des cas ! En fait, cette volonté d'absolu en tout, que j'exprime pour ma part, comme un besoin quasi naturel, presque inné, doit-il être constamment l'objet d'un tir en plein vol ?
Sans doute, sommes-nous sans cesse rattrapés par ce qui a été décidé, tracé d'une main malhabile par la destinée… celle qui sait se jouer de ses pions !
Car j'ai le sentiment d'être parfois le pantin d'une force invisible qui m'oblige à dire ou penser ce que je m'étais résolu à éviter !

Cette fabuleuse destinée à laquelle on veut croire, j'ai prétendu qu'on pouvait se la créer de toute pièce, changer les règles de cette immense échiquier, dont nous sommes souvent les instruments de jeu… je m'en suis plus sûr … j'ose y croire seulement !
La facilité à laquelle nos gestes, nos dires, notre raison d'être veut faire croire, dissimule une autre facette : la difficulté d'apparaître à l'autre vierge de tout ce qui a été notre passé.

© Jean-Michel Ducrot-Sylla
Damas, Syrie , 8 février 2003

 

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