Editeur - Ecrivain

 

«Le Chat»

 

 

Je sentis s'approcher la voiture bien avant de la voir ou même de l'entendre. A l'avoir espérée depuis des jours et des jours, j'ai à présent de la peine à y croire ; pourtant, c'est bien eux… c'est bien lui…

La 604 se gare docilement à sa place, et par la vitre, Stéphane me lance un sourire. A ses côtés, Sylvie rit, sans doute d'une plaisanterie qu'il vient de faire. Je crois que si Sylvie aime tant Stéphane, c'est en grande partie parce qu'il la fait rire. Elle rit encore lorsqu'ils descendent de voiture, et que Stéphane s'accroupit, m'invitant d'un geste et d'un regard à m'approcher. Sans me faire prier davantage, je bondis et m'accroche à son épaule. Je sens sa main me caresser, s'attardant sur mon cou, le quittant puis y revenant pour le gratter expertement. Rien n'est plus merveilleux que cette incroyable sensibilité avec laquelle il promène ses longs doigts sur ma fourrure, dont il connaît le moindre frémissement. A son tour, Sylvie s'approche, et passe sa main sur mon dos. Je lui offre un bref ronronnement de bienvenue.

A en croire tous leurs amis, Stéphane et Sylvie étaient faits pour se rencontrer. Pour ma part, j'avais été étonnée lorsque Stéphane m'avait confié ses projets de mariage. Toutes les filles que j'avais vues défiler (et Dieu sait que j'en avais vu beaucoup) dans son lit ne restaient jamais plus d'une semaine, et il paraissait s'accommoder très bien de son instabilité sentimentale. Jusqu'à l'arrivée de Sylvie, de ses jolies jambes et de son sourire candide. Ils ne se connaissaient pas depuis six mois qu'ils avaient déjà décidé de convoler en justes noces, et que Stéphane et moi quittions notre deux-pièces d'Ivry pour le pavillon versaillais de Sylvie et son immense jardin. Il y aurait eu là, tout cynisme mis à part, de quoi réformer le célibataire le plus endurci.

*

- Ça, c'est l'arrivée sur Montréal, commente Sylvie.

- Mais c'est gigantesque, glapit Lydia. On dirait New York.

- En un peu moins gigantesque, peut-être, précise Stéphane.

Cette projection de diapositives semble l'ennuyer profondément. Sur ses genoux, j'écoute d'une oreille distraite les explications de Sylvie, les babillages de Lydia et les ronflants commentaires d'Edgar, son mari. Lydia est une grosse femme, toujours trop maquillée, et qui offre généreusement à la cantonnade la vision de ses mollets flasques et variqueux dépassant de jupes trop courtes pour son âge. Son mari, le parrain de Sylvie, n'ouvre ses lèvres fripées que pour faire étalage d'une pédanterie sans limite : il a tout vu, tout lu, tout vécu. Par chance, la fille de ces deux dinosaures n'est pas là ce soir, sans quoi je me serais retrouvée enfermée dans le jardin ou la cuisine, la chère enfant étant allergique aux poils de chat.

- Vous avez eu bien raison, pontifie Edgar, de ne pas passer votre voyage de noces à Venise. C'est une ville littéralement cadavérique.

- Et c'est d'un commun ! s'écrie Lydia d'une voix si suraiguë que je sens la main de Stéphane se crisper sur mon dos. La cousine des Dantec y est allée l'été dernier, elle a détesté. Une odeur pestilentielle, paraît-il. Insoutenable. Rien que d'y penser, je me sens mal !

Edgar entreprend alors d'expliquer le pourquoi de cette odeur, et se met à décrire avec emphase les canaux putrides éructant leurs effluves vers le soleil d'Août.

Je me demande une nouvelle fois pourquoi ils invitent si régulièrement d'aussi insupportables personnes. En fait non, je ne me le demande pas, je le sais très bien. Stéphane a travaillé deux ans à l'Observatoire de Meudon sous les ordres d'Edgar, avant que ce dernier ne prenne une retraite bien méritée (surtout par ses collègues). Lydia et la mère de Sylvie étant inséparables, la fatalité a voulu qu'à une réception, tout ce beau monde se trouve réuni, notamment Sylvie et Stéphane, qui s'étaient empressés de se plaire, avant de finir, de rendez-vous en séances de jambes en l'air, par tomber amoureux. Et comme ils sont sentimentaux en diable, ils ne peuvent oublier que c'est grâce à Lydia et Edgar qu'ils se sont rencontrés.

A propos de Lydia, la voilà qui vient s'asseoir près de Stéphane, avec l'intention manifeste de lui tripoter le genou, activité qui semble toujours la transporter au septième ciel. Je préfère encore fuir à la cuisine que de voir ça ! D'ailleurs j'en ai assez d'entendre Edgar évoquer avec volupté les cadavres de chats flottant sur les canaux vénitiens au coucher du soleil.

*

Aujourd'hui, Sylvie a entrepris de nettoyer la maison de fond en comble, le prochain manuscrit qu'elle doit traduire ne lui ayant pas encore été envoyé. La chère petite a horreur de l'inaction. J'ai donc passé la journée dans le frais du grenier, à me prélasser dans la poussière odorante en écoutant le bruit étouffé de l'aspirateur. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le calme retombe sur la maison.

Il est bientôt six heures et demi quand Stéphane arrive du travail ; en tant que chercheur, il a des horaires très variables, et ne rentre jamais deux jours de suite à la même heure. En l'entendant, je m'empresse de descendre du grenier, et parcours quatre à quatre les marches de l'escalier à sa rencontre. Après avoir (interminablement) embrassé Sylvie, il s'agenouille et me caresse la nuque.

- Tu as commencé à travailler sur ton nouveau manuscrit ? demande-t-il.

- Non, il n'est pas arrivé. J'en ai profité pour nettoyer la maison. Ce n'était pas du luxe, d'ailleurs.

Stéphane regarde autour de lui, et hoche la tête.

- Formidable. Tu es une petite fée.

Il se redresse et l'embrasse de nouveau. Quand leurs lèvres se séparent, tous deux sourient, et Stéphane déclare :

- Puisque c'est comme ça, tu ne fais plus rien de la soirée. Je m'occupe du repas. Qu'en dis-tu ?

- Je termine les poussières dans la chambre et…

- Rien du tout, ça attendra demain. Tu t'assieds, et tu te relaxes. Moi, je plonge dans le congélateur et je te prépare un festin royal.

Il la force à s'installer dans le fauteuil, au milieu du salon, lui met d'autorité un livre entre les mains, met l'électrophone en marche, et s'engouffre dans la cuisine. Il en revient presque aussitôt, un tablier rose bonbon autour de la taille et un torchon plié sur le bras.

- Madame prendra-t-elle un apéritif, en attendant que le repas soit prêt ?

- Bonne idée.

- Un kir royal vous conviendrait-il ?

- Ça tombe à pic : j'ai descendu une caisse de champagne du grenier, hier soir. Il y en a une bouteille au frais.

En un tournemain, il prépare et apporte un kir à Sylvie, verse un peu de champagne dans mon bol, et repart à la cuisine en sifflotant, faux d'ailleurs, La Traviata.

Après avoir lapé quelques gouttes de champagne, je m'installe près du radiateur (les soirées de Septembre sont fraîches) et parcourt la pièce du regard. L'ambiance est feutrée ; tout est merveilleusement calme.

Stéphane s'active à la cuisine au son de la radio depuis vingt minutes. Sylvie est toujours absorbée par sa lecture. Les bulles du kir qu'elle n'a pas terminé n'en finissent pas de serpenter jusqu'à la surface. Je lève les yeux vers le lustre, au-dessus de Sylvie. Quelque chose d'étrange et d'impalpable vient de s'immiscer dans la pièce. Apparemment, moi seule l'ai remarqué. Même le grincement métallique passe inaperçu. Je regarde Sylvie : elle ne s'est rendue compte de rien. Le lustre se met à remuer imperceptiblement. Un nouveau grincement de métal profite d'une pause de la Cinquième Symphonie de Beethoven pour se faire entendre. Pétrifiée, je ne quitte pas le lustre des yeux. Son balancement est plus prononcé ; une poussière blanche glisse doucement du plafond. A la cuisine, la radio vocifère toujours. Soudain, Sylvie sursaute. Elle regarde au-dessus d'elle, à l'instant précis où le lustre se descelle ; avec un cri, elle se jette sur le tapis, et dans un nuage de plâtre, le lustre s'écrase là où elle était assise une seconde plus tôt.

- STEPHANE !

Le cri de Sylvie se mêle au fracas des pendeloques, et, plusieurs longues secondes après, Stéphane arrive, portant toujours son tablier. Il embrasse la scène d'un regard, pâlit, et se précipite vers Sylvie.

- Mon amour, ça va ? Tu n'as rien ?

- Le lustre…, balbutie-t-elle, le lustre…

Stéphane la serre dans ses bras et regarde à son tour le plafond d'où descend encore un peu de poussière. Quelque chose me dit que la soirée est fichue…

*

Cette soirée mouvementée remonte déjà à trois jours. La pauvre Sylvie en a été quitte, non seulement pour une bonne peur, mais aussi pour nettoyer de nouveau le salon. Stéphane, de son côté, a insisté pour jeter le lustre, ce qu'il a obtenu après négociations. Le lendemain, Lydia, qui avait appris l'incident, Dieu sait comment, s'est empressée de venir voir Sylvie et de passer la journée à la maison. Elle s'est exclamée de sa voix de fausset que Sylvie, décidément, n'avait pas de chance. Et de rappeler avec des trémolos dans la voix ce qui s'était passé lorsque Stéphane avait déménagé ses derniers meubles, peu de temps après le mariage.

Les deux tourtereaux étaient en train de monter une armoire héritée d'une tante lointaine au premier étage quand Stéphane avait brusquement perdu l'équilibre et dérapé dans l'escalier. Il avait lâché l'armoire qui avait basculé et failli écraser Sylvie ; celle-ci, tombée à son tour, n'avait dû son salut qu'à la présence d'une commode, au bas de l'escalier, qui avait bloqué l'armoire à un demi-mètre à peine du sol.

- Non, décidément, vous n'avez vraiment pas de chance avec vos meubles, ma pauvre chérie, avait claironné Lydia.

Sylvie avait répondu machinalement, les yeux soudain perdus dans le vague.

Puis Lydia avait perservéré dans sa logorrhée, égrenant méthodiquement tous les potins dont avaient eu vent ses inquisitrices oreilles. A en croire la chère vieille chose, il n'était pas un homme dans tout Paris qui n'eût une maitresse, voire un amant. Sylvie avait poliment opiné, tout en précisant qu'au moins Stéphane, lui, était fidèle. Et Lydia de glousser aussitôt, en secouant un index fripé, et de rétorquer que nul ne pouvait être sûr de rien quand il s'agit des hommes. A ce moment-là, j'ai préféré sortir, tant j'étais écœurée.

*

Depuis la visite de Lydia, il y a deux jours, Sylvie est restée songeuse, obnubilée par Dieu sait quelles pensées. Elle est constamment tendue, sur le qui-vive, même en présence de Stéphane. Surtout, dirait-on, en présence de Stéphane. Lui, bien sûr, n'y comprend goutte. Pour moi qui, en revanche, était là lors de la visite de Lydia, les choses sont claires. Les insinuations de cette vieille chouette au sujet de Stéphane ont fait mouche, et Sylvie se met déjà, après quelques semaines seulement de mariage, à le soupçonner de… de quoi, d'ailleurs ? Ce n'est pas une coïncidence si, hier matin, elle a appelé son notaire (un homme adorable qui raffole des chats) au sujet des modalités de succession entre deux époux. J'imagine ce qui trotte dans sa jolie petite tête. Il n'en aura pas fallu beaucoup pour faire vaciller sa confiance ; décidément, je crois de moins en moins qu'elle mérite Stéphane.

La petite punaise !

 

Le soleil ayant consenti à refaire une apparition, nous sommes toutes les deux dehors, elle sur la terrasse, le nez au vent, et moi sur le balcon du premier étage. Sylvie n'a pas ouvert un seul des magazines qu'elle a achetés, elle reste les yeux mi-clos à réfléchir au son de la musique que rugit l'électrophone. Stéphane est parti tôt ce matin, expliquant qu'il avait un gros travail en perpective, et qu'il rentrerait tard de Meudon.

Un grincement.

Terre cuite contre peinture blanche.

Sylvie ne s'en aperçoit pas, perdue dans ses pensées.

Le grincement s'intensifie. Je quitte la rambarde et rejoins Sylvie, en bas. En levant les yeux, j'aperçois le gros pot de fleurs qui dépasse au trois quarts du balcon.

- Eh bien, Morgane, ça ne va pas ?

Le pot de fleur hésite une dernière fois, comme au ralenti, et malgré moi, je recule avec un miaulement sourd.

- Allons, mon minet, qu'est-ce qu'il y a ?

Sylvie se lève à son tour pour me rejoindre ; le pot de fleur bascule avec un ultime grincement, et s'écrase sur la chaise-longue au moment où Sylvie s'agenouille pour me caresser. Elle se retourne, soudain blanche comme un linge. La chaise-longue est crevée et couverte de terre, des bris de terre cuite jonchent la terrasse. Le pot de fleur devait peser dans les huit kilos.

Sylvie tombe assise sur l'herbe, le souffle coupé. Elle me serre dans ses bras en balbutiant des "Mon Dieu" frénétiques. Nous restons ainsi plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'elle se relève, les jambes encore flageollantes. Elle rentre dans la maison, je la suis, et elle décroche le téléphone. Un des numéros mémorisés est celui du bureau de Stéphane, à Meudon. Au bout de trois tonalités, on répond.

- Allo, Stéphane ?

- Non, il n'est pas ici pour l'instant. Qui est à l'appareil ?

- Quand reviendra-t-il ?

- Pas aujourd'hui, il a pris son après-midi. Qui êtes-vous ?

- …?

- Mais qui est à l'appareil ? Allo ?

Déjà, Sylvie a raccroché, et sa pâleur, si c'était possible, s'est encore accentuée. Elle hésite à repasser un autre coup de téléphone, et se ravise. Elle court s'enfermer dans sa chambre ; il est deux heures de l'après-midi, je ne vais plus la revoir avant six heures.

*

A six heures, une clé tourne dans la serrure. Stéphane entre, je viens lui souhaiter la bienvenue. J'ai droit à une rapide caresse, et il se relève.

- Sylvie ? Tu es là, mon amour ?

Il fait quelques pas dans le salon, et aperçoit à travers la baie vitrée les débris du pot de fleur. A cet instant, un bruit de porte se fait entendre au premier. Lentement, Stéphane s'approche des escaliers, et voit Sylvie, sur le palier de sa chambre. Elle est à moitié déshabillée, et a des yeux rouges qui en disent long sur sa consommation de mouchoirs de cet après-midi.

- Mon amour, qu'est-ce qui s'est passé ? La terrasse…

- Il s'est passé que ça a raté, mon amour. Tu as mal visé.

- De quoi tu parles, enfin ?

- Comment s'appelle-t-elle ?

- Qui ?

- Il y en a bien une, je suppose. Il n'y a pas seulement l'argent, au moins. Pas seulement l'héritage…

- Mais de quoi veux-tu parler, voyons ? Je ne comprends rien. Et que s'est-il passé ici ?

Il pose un pied sur l'escalier, et en haut, Sylvie tressaille et se raidit.

- N'approche pas !

Stéphane, sans tenir compte de l'ordre, continue d'avancer. Moi, je suis déjà parvenue aux pieds de Sylvie.

- Où étais-tu, cet après-midi ?

- Mais… à Meudon…

- C'est faux ! J'ai appelé là-bas, tu n'y es pas allé de la journée. Où étais-tu ?

- Bon, c'est vrai, j'avoue. Je voulais te faire une surprise…

Sylvie éclate d'un rire cassé, et, pleurant à nouveau, elle crache :

- Ah ça, alors, c'est réussi. Pour une surprise, c'était une surprise.

Stéphane est arrivé au premier, à trois mètres de Sylvie qui ne songe même plus à lui interdire d'approcher. Il tend une main vers elle.

- Sylvie, je ne comprend rien à ce que tu dis…

- Je n'ai pas appelé la police, Stéphane. Pas encore. En souvenir de nos bons moments, je n'ai pas voulu. Mais je t'avertis, je veux que tu t'en ailles, que tu disparaisses de ma vie. C'est clair ? Tu n'auras rien, de toutes façons, j'ai appelé le notaire.

- Le notaire ? Mais enfin, Sylvie…

- Ne m'approche pas !

- Sylvie, je…

Stéphane a avancé d'un pas, et, paniquée, Sylvie se retourne ; elle bute contre moi, pousse un cri, et tombe en arrière. La rambarde est trop basse, Stéphane le repéte depuis notre arrivée ici. Sylvie perd l'équilibre et bascule dans le vide. Stéphane se jette en avant pour la rattraper, mais pas assez vite. Déjà, un bruit sourd a annoncé qu'elle a heurté le carrelage du hall. La tête la première…

*

Le policier est arrivé dix minutes après l'ambulance. C'est un gros homme en imperméable, très gentil. Il a interrogé Stéphane un quart d'heure, jusqu'à ce que celui-ci craque. Le médecin lui avait appris un peu plus tôt que Sylvie était morte sur le coup. Alors le policier lui a tapé sur l'épaule et a dit qu'il repasserait.

Stéphane a raconté ce qui s'était passé, l'étrange attitude de Sylvie, l'accident idiot… Quand le policier lui a demandé son emploi du temps, il a expliqué qu'il avait passé l'après-midi à faire les antiquaires, pour retrouver un lustre identique à celui qui s'était cassé, trois jours auparavant. Quant au pot de fleurs sur la terrasse, il n'a rien pu expliquer.

 

Stéphane est assis sur le canapé. Il pleure. Je grimpe sur ses genoux et il me caresse comme il sait si bien le faire. Rien n'est plus merveilleux que cette incroyable sensibilité avec laquelle il promène ses longs doigts sur ma fourrure, dont il connaît le moindre frémissement. Pour rien au monde je n'y aurais renoncé… Sylvie aurait dû le comprendre.

Le policier a griffonné sur un carnet en disant qu'il vérifierait, pour les antiquaires. Je sais qu'il le fera. Et je sais que les antiquaires confirmeront que Stéphane était chez eux aujourd'hui. Et que donc, il n'a pas pu faire tomber le pot de fleur sur Sylvie. Ce qu'ils supposeront ensuite, je l'ignore, mais je sais que Stéphane ne sera pas inquiété.

Moi non plus, d'ailleurs ; les gens ont si peu d'imagination.

© Emmanuel Ménard - Tous droits réservés -emenard@noos.fr

 

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