Le Diable dans les yeux

Jimmy Sabater, Le Diable dans les Yeux, Éditions Policemania

 

Trilogie des Mystères du Forgrisant : Tome 3
Broché :
316 pages
Editeur : CreateSpace Independent Publishing Platform (9 juin 2016)
Collection : Les Mysteres du Forgrisant
Langue : Français
ISBN-10: 1533533148
ISBN-13: 978-1533533142
Dimensions du produit: 13,3 x 1,8 x 20,3 cm
Résumé : À 17 ans, Quentin est soupçonné d’avoir poussé son meilleur ami du haut des falaises du Forgrisant. Épileptique, il a des pertes de mémoire et ses souvenirs lui reviennent sous forme de flashes. Chaque nuit, l’adolescent rejoint l’univers médiéval du Diable du Forgrisant qui serait enterré dans un tombeau en or massif. Et c’est pendant une excursion avec ses amis qu’il va retrouver les traces de ce fabuleux trésor. Mais ils ne sont pas seuls à le convoiter. Quentin va devoir affronter ses propres démons avant d’arriver au bout de ce suspense à couper le souffle.

 

 

EXTRAIT

 

Mercredi 5 juin

 

Cette nuit j’ai été réveillé par des craquements d’os provenant du balcon. C’était le même bruit que font les phalanges lorsqu’on les étire, sauf que cela se produisait de façon continue. J’ai ouvert les yeux pour inspecter la baie vitrée où toutes les plantes de maman semblaient immobiles. C’est là que j’ai aperçu une silhouette inhabituelle dans les ombres chinoises bleutées que dessinait l’éclairage public. Les oreilles de la créature étaient longues et pointues, de hautes cornes trônaient sur son crâne sec, presque famélique. Oui, c’était un bouc, sauf que sa tête se tenait à un mètre quatre-vingts du sol. Un éclair de chaleur m’a permis de voir l’intrus l’espace d’un court instant et j’ai découvert ce grand bouc se tenant sur deux jambes, mi-homme, mi-animal, dont le regard perçant presque surnaturel, m’a immédiatement glacé le sang. J’ai voulu crier, mais mes cordes vocales sont demeurées muettes, comme pétrifiées. La créature a reculé d’un pas avant de sauter par-dessus le balcon d’un mouvement agile et naturel. Je suis resté dans mon lit, totalement interdit, le front et le torse moites. Avais-je rêvé ? Étais-je victime d’une hallucination ? Ou, comme le dirait ma psy : « vous désirez tellement une situation que vous finissez par vous persuader qu’elle est réelle » ? À en juger par le rythme hardcore des battements de mon cœur, je n’avais par rêvé. Pour me rassurer, j’ai décidé que j’avais juste été sujet à des illusions d’optiques et grâce à cette explication invraisemblable, je me suis rendormi.

Ce matin, Jonathan m’a rejoint dans la cuisine, une main plongée dans sa boîte de céréales chocolatées, tandis que je terminais ma lecture en peignoir.

— En plus de tous tes autres trucs, tu deviens sourd ! a-t-il commencé à me charrier.

— C’est pas le moment de me gonfler, l’ai-je prévenu tout en refermant le journal.

— Il y a une fille à l’entrée qui demande à te parler, m’a-t-il dit tout en remplissant sa bouche de céréales.

— Tu apprendras qu’on ne parle pas la bouche pleine d’insecticide au chocolat !

J’ai rejoint Barbara qui m’attendait dans le couloir. Je ne l’avais pas vue depuis des mois et elle avait beaucoup changé. Sa silhouette s’est encore affinée et ses talons hauts mettaient en valeur ses jolies jambes. Aussi curieux que cela puisse paraître, sa nouvelle coupe à la garçonne, accentuait sa féminité.

Elle s’est tournée vers moi, l’air énervé :

— Le concierge m’a demandé une pièce d’identité et l’a prise en photo avec son téléphone avant de me laisser monter, s’est-elle plainte. Quel accueil !

— Je suis désolé, ai-je dit. Tu vois dans quel climat je vis depuis mon témoignage à la police.

— Oui, je sais, mais tu as été courageux, tu as fait ce qu’il fallait… Quentin, comme tu ne me donnais pas de nouvelle, j’ai demandé ton adresse à tes copains skateurs du vieux port et ils m’ont envoyé balader. Ils m’ont déclaré qu’un adulte d’une quarantaine d’années te cherchait également. J’ai rencontré Jules et j’en ai discuté avec lui. Il m’a dit que je ferais bien de te prévenir. On ne sait jamais. C’est lui qui m’a indiqué que tu habitais ici.

— Un adulte ? Il était comment ? ai-je questionné.

— D’après eux, un grand blond plutôt mince avec un visage anguleux. Ça me fait penser à l’un des types de la bande à Monroe. J’en ai des frissons rien que d’en parler. Ce sont des terroristes et j’ai bien vu de quoi ils sont capables. Stanislas, Pierre Deschamps, Claude Deschamps, Alice Lefebvre, Christian Evrard, ont tous péri entre leurs mains avec la même froideur. La liste est sans doute encore plus longue qu’on ne l’imagine… Quelles ordures !

— Ils ont arrêté l’un de leurs complices au mois de mai, ai-je poursuivi, je pensais qu’on n’entendrait plus parler de la bande à Monroe. Tu crois que les autres sont revenus… Ils sont revenus pour le venger ? lui ai-je demandé en craignant sa réponse.

Barbara a baissé les yeux, comme si cette perspective lui semblait parfaitement logique.

 

— Tu sais, Quentin, tu es un témoin très gênant pour eux. Ce sont des professionnels du crime qui ont l’habitude de parfaitement déguiser leurs forfaits. La discrétion est leur principal mode opératoire, mais là, ils sont tombés sur un os. Avec ta déposition, tu as déclenché une enquête d’ampleur nationale et tu as permis l’arrestation d’un membre de leur clan. Tous les médias en ont parlé pendant au moins une semaine. C’est toi qui as démontré à la police les liens entre tous les types qui ont été noyés de force. Pour les cinglés de la bande à Monroe, tu es une balance, un cafteur, un mouchard. Tu devrais en parler au commissaire Andriaensen, on ne sait jamais. Il faut qu’il sache que l’un de ces tarés rôde dans le secteur, au cas où il t’arriverait quelque chose.

Elle s’est arrêtée, réalisant que ses déclarations commençaient à me faire flipper.

— Heu… Tu veux prendre un verre ? lui ai-je proposé.

— Oui, mais vite fait, car ma voiture est mal garée en bas de chez toi et les gens roulent comme des dingues sur cette route. Je n’ai pas envie qu’on bousille mon véhicule. Le toit ouvrant est coincé, mais j’y tiens quand même.

Nous nous sommes rendus à la cuisine pour nous asseoir sur les tabourets autour de la haute table et je lui ai servi un plein verre de jus d’orange devant Jonathan qui s’incrustait. J’ai lui ai fait mes gros yeux et il a immédiatement compris qu’il avait intérêt à vider le secteur. Il s’est éclipsé l’air absorbé par son roman de Martin Brun, un bras derrière le dos, tel Gomez Addams disparaissant dans son château.

Le soleil traversant les lamelles du store a dessiné des courbes sur les seins de Barbara et j’ai été si troublé que j’en ai presque eu du mal à avaler ma salive. Elle a remarqué mon regard et j’ai pris mon air innocent.

— Ce n’est pas vraiment dans ces circonstances que j’aurais aimé partager ce moment avec toi, lui ai-je dit. Aujourd’hui c’est l’enterrement de Tiffany.

J’ai attrapé une boîte de biscuits et l’ai ouverte devant elle pour faire diversion.

Barbara m’a lancé un regard coupable, se sentant brusquement malvenue dans un tel contexte. Personne n’avait dû lui raconter que le coma avait eu raison de mon ex-petite amie.

— Je… Je suis sincèrement désolée, a-t-elle fait en prenant spontanément ma main dans la sienne. Excuse-moi, je ne me doutais pas que…

— On s’y attendait tous, l’ai-je coupé, un peu pour la rassurer. La dernière fois que je l’ai vue sur son lit d’hôpital, j’ai compris que c’était fini…

Elle a semblé presque trop affectée, comme si elle ne savait pas comment se comporter en pareille situation.

— Je… Je vais y aller, a-t-elle poursuivi tout en sortant une carte de visite de son sac pour me la tendre, le regard fuyant. Je te laisse mes coordonnées, comme ça, tu n’auras plus aucune excuse de ne pas me donner de tes nouvelles. Et cette fois, appelle-moi, Quentin. Je compte sur toi.

Elle semblait si pressée de partir que je l’ai retenue par le poignet pour qu’elle ne disparaisse pas sur une si mauvaise impression :

— Qu’est-ce qui ne va pas, Barbara ?

Elle a détaillé mon visage avant de baisser les yeux.

— Tu as embelli, Quentin. Tu es vraiment devenu super mignon.

Je me suis senti rougir, alors j’ai esquissé un petit sourire pour masquer mon émotion.

— Toi aussi, Barbara. Quand je t’ai vue arriver, je me suis dit « Wow ! C’est une vraie femme, maintenant. »

— Je peux t’assurer que tout chez moi est vrai, a-t-elle répliqué en riant, satisfaite que l’on soit réciproquement d’accord sur la question physique. Bon je te laisse, Quentin. Courage pour la cérémonie. Je ne voulais pas rester longtemps. Ce matin j’ouvre le salon de coiffure de maman. Comme elle va peut-être me nommer directrice de sa future boutique de prêt-à-porter, je veux lui prouver que je suis responsable. Je dois filer.

 

 

 

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